Vue du Monte Cavo sur le Lac d'Albano - Pierre-Henri de Valenciennes

Vue du Monte Cavo sur le Lac d'Albano

Pierre-Henri de VALENCIENNES
(Toulouse 1750 - Paris 1819)

Huile sur papier marouflé sur toile
H. 0,17 m ; L. 0,28 m

Date : vers 1782-84

Provenance : Vente de l’atelier de l’artiste, Paris, 26 avril 1819, partie du lot no. 7

Valenciennes est reconnu comme le peintre de paysage le plus remarquable de son temps, appelé le David du paysage. Formé comme peintre d’histoire à Toulouse et ensuite à Paris, il fait un séjour à Rome de 1777 à 1781, où il consacre beaucoup de temps aux études de perspective et de paysage. Lors d’un bref séjour à Paris en 1781, Valenciennes fait la connaissance de Claude-Joseph Vernet qui transforme sa conception de la perspective et du rôle du ciel et des nuages dans un paysage. De retour à Rome en 1782, Valenciennes commence une série d’études de paysage à l’huile sur papier qui sont aujourd’hui reconnues comme des chef d’œuvres de l’art européen (150 sont au Louvre). De retour à Paris en 1785, Valenciennes est reçu à l’Académie royale en 1787, l’année de sa première exposition au Salon, depuis lors il expose régulièrement des paysages historiques.

Dans les années 1780, il ouvre un atelier où amateurs et professionnels se réunissent. Valenciennes est non seulement un peintre de paysage connu mais également un savant et théoricien de premier ordre. Son ouvrage Eléments de perspective pratique à l’usage des artistes, réflexions et conseils sur le genre de paysage, paru à Paris en 1800, a largement influencé des générations de peintres. Il y décrit deux façons d’appréhender la nature : la voir « tel qu’elle est » ou « tel qu’elle pourrait être ». Sa préférence va à la seconde car cette méthode d’interprétation permet de faire travailler l’imagination plutôt que de simplement copier.

Dans la vente des biens de Valenciennes ayant suivi sa mort, le lot n° 7 est ainsi décrit: «Environ cent vingt esquisses peintes à l’huile, réalisées d’après nature à Rome». Selon l’inventaire de l’atelier, encore propriété des héritiers de l’artiste, les études étaient conservées dans un seul carton, démembré pour vente, comme le prouve l’acquisition de neuf d’entre elles par le neveu de l’artiste, Achille Valenciennes, naturaliste au Musée d’Histoire Naturelle, pour la somme de 405 francs.

Seulement quatre-vingt-dix-huit études provenant de ce lot figurent dans la collection donnée Louvre par la princesse de Croÿ; les vingt-cinq autres études, elles aussi conservées dans la collection l’Espine, sont quant à elles marquées d’annotations qui font référence à la vente posthume du peintre Girodet- Trioson (1767-1834), ayant eu lieu le 11 avril 1825 . Montées sur toile peut-être pendant leur séjour dans l’atelier de Girodet, ces peintures avaient été acquises par ce dernier, selon toute probabilité directement de Valenciennes, son voisin d’atelier au Louvre depuis 1796, et utilisées par Girodet comme matériaux d’étude et source d’inspiration pour les fonds de ses propres compositions.

En témoignage de l’unité originelle du corpus d’études représentant des sites de Rome et de ses alentours, il reste un petit carnet , intitulé Études peintes par P. de Valenciennes, datable des années qui précèdent la Révolution, comme l’atteste l’usage du «de» précédant le patronyme, prudemment éliminé pendant les années de la Terreur. À côté des titres autographes, la présence dans certains cas d’un « c », laisse entendre la réalisation de répliques d’un même sujet, ainsi que l’artiste le conseillait à ses élèves dans son traité . Semblablement à d’autres œuvres données à Valenciennes, récemment apparues sur le marché de l’art, la peinture inédite exposée ici n’appartient pas au catalogage ordonné laissé par l’artiste. L’attribution proposée est donc exclusivement basée sur des comparaisons stylistiques.

Outre son indiscutable qualité technique, propre à Valenciennes, l’étude présente de nombreux détails dérivés de dessins exécutés durant une ou plusieurs excursions dans la région de Tivoli et de Castel Gandolfo et réunis dans le carnet RF 12969 conservé au Département des Arts graphiques du musée du Louvre.
On note en particulier la proximité de la composition de la peinture avec le folio no.98 de ce carnet, dans lequel la montagne, ici présentée au premier plan, apparaît légèrement déplacée vers la droite. Une inscription autographe, au bas du dessin, témoigne de l’amour de l’artiste pour ce lieu décrit comme « superbe paysage pour la richesse de la nature et de la couleur».

Il est donc plausible de dater cette peinture des années 1782-1784, quand l’artiste, désormais sûr de ses moyens graphiques, se risquait au rendu des valeurs chromatiques de l’atmosphère. Restituée par l’intermédiaire de la matière pâteuse des couleurs à l’huile, la lumière devient le sujet des célèbres études peintes; leur réalisation constitue une étape, complémentaire du dessin, dans le processus éducatif de l’apprenti peintre, tout au long du chemin unitaire et organique qui confère à ces phases intermédiaires une valeur propédeutique cruciale pour l’élaboration du tableau fini.

C'est en effet à l'atelier que l'artiste devait procéder à la phase terminale de son travail: la composition des paysages historiques, œuvres dans lesquelles la vérité de la nature, reproduite en plein air, acquérait le pouvoir évocateur de l'Histoire. C'est au regard de cette finalité que se mesure l'importance des études d'après nature: fragments d'un tout, composite et désordonné, duquel l'artiste, par un talent exercé, sait extraire le détail le plus intéressant, selon une pratique qui témoigne de la tentative d'observer scientifiquement la réalité, en cherchant - comme l'écrit à la même époque le savant Buffon - "la vérité dans les archives secrètes du monde».

En tant que traces de mémoire, fragments du réel choisis pour leur unicité, les études italiennes furent utilisées par l'artiste durant toute sa longue carrière, constituant la principale source d'inspiration pour ses toiles de grand format, peintures aux sujets élevés, puissamment évocatrices, exécutées après son retour à Paris. C'est le cas des deux arbres ici au premier plan à droite, repris par Valenciennes dans son morceau de réception à l'Académie Royale en 1787, Cicéron découvrant le tombeau d'Archimède, exposé au Salon de la même année et aujourd'hui conservé au musée des Augustins de Toulouse.

Nous remercions Monsieur Luigi Gallo pour la rédaction de cette notice.



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