Autoportrait âgé de 63 ans avec une expression souriante - Ferdinand Hodler

Autoportrait âgé de 63 ans avec une expression souriante

Ferdinand HODLER
(Berne 1853 - Genève 1918)

Lavis brun et graphite sur vélin, avec P.M. FABBRIANO en filigrane
H. 400 mm ; L. 350 mm
Tampon en bas à droite : Ferd. Hodler
En bas à gauche en filigrane SUCCESSION FERD. HODLER avec le chiffre 48 inscrit en graphite

Date : 1916

Provenance : Vendu par Kornfeld und Klipstein, Berne, 20 juin 1973, lot 337
Vendu par Christie’s Londres, 30 juin 1981, lot 61 (ill.)
Collection Rau pour l’Unicef, no. d’inv. GR 1.860
Collection privée

Œuvres en rapport : Oskar Bätschmann, Paul Müller, Ferdinand Hodler. Catalogue raisonné der Gemälde. Band 2 - Die Bildnisse, p. 306 ff., no. 974-977.

Ce dessin fait partie d’une série d’autoportraits qu’Hodler a réalisés en 1916, année particulièrement prolifique pour l’incursion de l’artiste dans l’art de l’autoportrait, un sous-genre qui a suscité un immense intérêt parmi les peintres modernes et leur public au tournant du XXe siècle.

Le Catalogue raisonné des peintures de Hodler par Oskar Bätschmann (vol. 2, p. 306 ff.) enregistre huit tableaux de cette série – dont quatre (nos. 974-977) montrent l’artiste dans une pose très semblable à celle de ce dessin – et une lithographie, et mentionne l’existence d’environ onze dessins appartenant à ce groupe. Les ressemblances de pose, expression et format entre certains de ces œuvres tous supports confondus, proviennent de la méthode typiquement systématique de travail et de dessin de Hodler, y compris son recours fréquent à la vitre de Dürer pour transférer et revoir ses figures. Dans le présent travail cependant, l’artiste a appliqué un lavis brun au pinceau pour accentuer son expression perspicace et sa façon franche de s’adresser au spectateur, ainsi que pour rendre plus clairs les principaux contours et les traits de la physionomie ce qui exprime le caractère et la forme de manière directe et audacieuse.

La lettre d’authentification du Dr. A. Lüthy de l’Institut suisse d’Histoire de l’Art (datée Zurich, 29 avril 1981) suggère que ce dessin est une étude pour une lithographie que Hodler date d’avril 1916. L’artiste produit cette lithographie en réponse à la grande demande des collectionneurs pour ce type de travail ; des tirages en ont été proposés aux abonnés du périodique d’art genevois Pages d’Art (Bätschmann, p. 306, fig. 3) en avril et mai 1916, conjointement avec un article de Johannes Widmers sur l’œuvre de Hodler. La lithographie continue de stimuler l’intérêt pour les autoportraits de Hodler, et un certain nombre d’œuvres de la série de 1916 sont vendus l’année même de leur exécution.

Comme l’écrit Sharon Hirsch dans son essai sur les autoportraits de Hodler, les premiers autoportraits de l’artiste avaient souvent un contenu narratif et symbolique concernant la forme, les gestes, les objets et arrangements associés, tandis qu’après 1900, les autoportraits de Hodler « nous offrent son visage non seulement comme expression complète de son apparence, mais surtout de son état d’esprit actuel au moment où il entre dans le 20ème siècle [… ].” Elle ajoute que dans les quatre dernières années de sa vie (1915-1918), il a réalisé un grand nombre d’autoportraits « que l’on peut considérer [… ] comme une série remarquable, aptes à être vus séparément comme autant d’affirmations saisissantes de l’artiste, mais gagnant en complexité et en effet quand on les regarde ensemble. » Hirsch interprète cette série d’autoportraits de face de 1916 comme représentant l’artiste serein et confiant. En 1915, il a affronté la mort de sa compagne, Valentine, et lui-même, ainsi que son
fils, ont été malades. En 1916 par contre, ils sont tous deux en meilleure santé et il commence à enseigner le dessin à un niveau supérieur à l’Académie des Beaux-Arts de Genève (son alma mater), où il jouit d’une immense estime auprès de ses collègues et étudiants. Il était aussi en train de préparer une grande exposition rétrospective prévue à Zurich l’année suivante. Hodler réalise plus d’autoportraits en 1916 qu’à aucun autre moment de sa carrière, et, dans cette série remarquable, il se présente lui-même comme « un vieil homme actif et même viril, qui défie le spectateur (ou lui-même) dans le miroir » (Sharon Hirsch, “Ferdinand Hodler’s Late Self-Portraits,” in Ferdinand Hodler, exhibition catalogue, Fondation Beyeler, Riehen, 2013, p. 149).

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