L\'Amour - Ferdinand Hodler

L\\\'Amour

Ferdinand HODLER
(Berne 1853 - Genève 1918)

Huile sur toile
H. 0,66 m ; L. 1,55 m
Signée en bas à droite : F. Hodler

Date : 1907-1908

Provenance : Collection Max Ras, Bâle
Collection privée, Suisse
Vente Phillips de Pury & Luxembourg, Zürich 2002, no. 44
Collection privée, Suisse

Exposition : Bâle, Kunstmuseum, 1985 - 1988 comme prêt d’une collection particulière
Véronique Serrano, cat. exp. Le nu de Gauguin à Bonnard : Ève, icône de la modernité ?, musée Bonnard, Le Cannet, 6 juillet - 3 novembre 2013, p. 139, no. 65.

Bibliographie : Jura Brüschweiler, cat. exp. Ferdinand Hodler, Kunsthaus Zürich, 1983, p. 144.

Œuvres en rapport : Notre tableau est une étude peinte du couple central de la grande composition L’Amour (H. 1,45 m ; L. 5,68 m), démantelée en 1909. Il existe plusieurs dessins préparatoires pour ce couple central, voir Ferdinand Hodler. Die Zeichnungen im Kunstmuseum Bern, Berne, 1999, no. 101 et 102.

CERTIFICAT :
Ce tableau est certifié par l’Institut suisse pour l’étude de l’art comme une œuvre authentique de la main de Ferdinand Hodler.

Notre tableau est une étude peinte d’un couple d’amants, préparatoire à la partie centrale d’une grande composition intitulée L’Amour, sur laquelle Hodler commence à travailler à la fin de l’année 1907. Le motif du couple d\\\\\\\\\\\\\\\'amoureux couché était traité par Hodler pour la première fois dans La Nuit (Berne, Kunstmuseum, 1889-1890). Ce tableau manifeste du symbolisme hodlérien était interdit d\\\\\\\\\\\\\\\'exposition pour obscénité par la ville de Genève, pour ensuite être exposé en triomphe à Paris en 1891. Le couple d’amants en bas à droite de La Nuit était pour Hodler le point de départ pour une série d’études qui menaient à L’Amour.
Mühlestein décrit la vision qu’avait Hodler de cette œuvre comme une frise de couples couchés, tournés tous dans le même sens, autour d’une immense salle close à éclairage zénithal. Selon Hodler, \\\\\\\\\\\\\\\"cela aurait dû donner l’impression d’une mer de passion humaine, éternellement déplacée en marée basse et marée haute, dans un mouvement qui n\\\\\\\\\\\\\\\'a ni début ni fin.\\\\\\\\\\\\\\\" (Mühlestein / Schmidt, 1942, p. 424).

En mai 1908, Hodler expose la première version de L’Amour dans la grande Kunstausstellung à Dresde. L’œuvre était accrochée sur le mur du fond de la salle principale, de sorte qu’elle dominait toute une suite de pièces. L’Amour suscitait continuellement de vives réactions de la part du public (Mühlestein / Schmidt, 1942, p. 424, note 2).

« L\\\\\\\\\\\\\\\'Amour fait partie des plus importants tableaux de figures de Hodler, non seulement à cause de son grand format (la version finale avec trois couples allongés mesurait H. 1,45 m ; L. 5,68 m), mais surtout parce que cette œuvre, de manière originale, met sur un piédestal une expérience commune à tous. Les trois couples évoquent trois moments d\\\\\\\\\\\\\\\'un acte sexuel : le désir, l\\\\\\\\\\\\\\\'union et le repos des amants. Le principe de composition du « parallélisme horizontal » de Hodler trouve ici son accomplissement. La réalisation de l’amour humain s\\\\\\\\\\\\\\\'exprime par l\\\\\\\\\\\\\\\'agencement rythmique des figures. Celles-ci forment une ligne onduleuse et s\\\\\\\\\\\\\\\'arrondissent dans un \\\\\\\\\\\\\\\"Gestus\\\\\\\\\\\\\\\", comme Hodler l\\\\\\\\\\\\\\\'appelle, dans un mouvement sur lui-même. » (Jura Brüschweiler, cat. exp. Ferdinand Hodler, Kunsthaus Zürich, 1983, p. 144).

Le parallélisme, défini par Hodler comme la répétition de formes semblables, est plus qu\\\\\\\\\\\\\\\'un principe de composition formelle. Il s’agit d’une pensée morale et philosophique, reposant sur le constat que la nature a un ordre, fondé sur la répétition, et que les hommes sont quelque part semblables les uns aux autres.

Le fait qu\\\\\\\\\\\\\\\'Hodler choisisse le sujet de l\\\\\\\\\\\\\\\'amour n’est pas surprenant, étant donné l’attrait et l’actualité du thème des relations sexuelles en début du XXe siècle. La morale bourgeoise du XIXe siècle, avec son refoulement de la sexualité et la rigidité des rôles de l’homme et de la femme, avait provoqué des phénomènes de compensation forts qui s\\\\\\\\\\\\\\\'exprimaient de façon explicite dans l\\\\\\\\\\\\\\\'art. « Dans aucun domaine de la vie publique ne s\\\\\\\\\\\\\\\'est accompli - par des facteurs divers comme l\\\\\\\\\\\\\\\'émancipation de la femme, la psychanalyse freudienne, le culte de corps sportif et la libération de la jeunesse - au sein d’une seule génération une transformation si totale comme dans la relation des sexes. » (Stefan Zweig, Die Welt von gestern, Vienne, 1952, p. 70).

Sur conseil de l\\\\\\\\\\\\\\\'architecte allemand et étudiant en philosophie Eberhard Grisebach, Hodler défait en 1909 L’Amour anciennement en trois parties : l’artiste retire le couple du milieu et rassemble les deux parties latérales pour former un nouveau tableau. Le concept de représenter l\\\\\\\\\\\\\\\'amour comme un acte triphasé est ainsi anéanti et l\\\\\\\\\\\\\\\'apogée de l\\\\\\\\\\\\\\\'amour, l\\\\\\\\\\\\\\\'union proprement dite, est remplacée par un vide. (Ferdinand Hodler. Die Zeichnungen im Kunstmuseum Bern, Bern, 1999, p. 62). Plus tard, Hodler aurait regretté cette transformation de l’œuvre et aurait songé à en peindre une nouvelle version, sans pourtant y parvenir.

Lors de son exposition au Künstlerhaus à Zurich en 1909, L\\\\\\\\\\\\\\\'Amour déclenchait un scandale. Certains visiteurs se montraient choqués par ce tableau « immoral » et essayaient de le percer avec leurs parapluies et cannes, au point que la direction du musée s’est vue contrainte de placer des gardiens devant l’œuvre.
Quand Josef Müller, un jeune industriel de Soleure, acquière L\\\\\\\\\\\\\\\'Amour la même année, Hodler invite ce collectionneur enthousiaste à Genève et lui offre son autoportrait Selbstbildnis mit dreißig Jahren. Grâce à l’activité de photographe documentaire de sa sœur, Gertrud Müller, qui devient également grande collectionneuse et ami de Hodler, nous disposons de précieuses photographies qui nous font découvrir les méthodes de travail de Hodler. Avec son mari, Gertrud Müller crée en 1964 la Fondation Dübi-Müller, qui abrite une grande partie de leur collection et qui a été intégrée au Musée des beaux-arts de Soleure en 1981.

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