Moïse sauvé des eaux - Jean-Baptiste Marie Pierre

Moïse sauvé des eaux

Jean-Baptiste Marie PIERRE
(Paris 1714 - id. 1789)

Huile sur toile
H. 0,55 m ; L. 0,73 m
Signée et datée en bas à droite : Pierre 175*

Date : vers 1758-1759

Provenance : Collection privée, France

Bibliographie : Nicolas Lesur, Olivier Aaron, Jean-Baptiste Marie Pierre 1714-1789 Premier peintre du roi, Paris, 2009, p. 291, P 207.

Œuvres en rapport : Le pendant de notre tableau : Moïse et les Filles de Jethro, huile sur toile, H. 0,53 m ; L. 0,72 m, vers 1758-1759, collection particulière. Voir Nicolas Lesur, Olivier Aaron, Jean-Baptiste Marie Pierre 1714-1789 Premier peintre du roi, Paris, 2009, p. 290-291, P 206.

Disciple de Charles Natoire, Pierre reçoit le Grand prix en 1734. De 1735 à 1740 il est pensionnaire de l’Académie de France à Rome, où les directeurs Nicolas Vleughels puis Jean-François de Troy le considèrent comme l’un de leurs meilleurs élèves. De retour à Paris, il est rapidement agréé (1741) puis reçu membre de l’Académie (1742). Il monte successivement tous les échelons de la carrière de peintre d’histoire au sein de l’Académie, obtenant en 1770 le poste de directeur. La même année, il succède à Boucher comme premier peintre du roi, (position allant habituellement de pair avec le directorat de l’Académie). Après 1770, Pierre restreint son activité de peintre de manière radicale pour pouvoir entièrement se consacrer à la direction de l’Académie, ayant l’ambition de renouer avec la gloire que l’institution avait au XVIIe siècle. A ce moment-là, le marquis de Marigny se retire, Charles-Nicolas Cochin n’est plus chargé du détail des arts, et la politique artistique du nouveau directeur des Bâtiments, le comte d’Angiviller, va favoriser explicitement la peinture d’histoire. Un changement profond dans la finalité de la peinture officielle s’opère : les commandes royales de tableaux seront faites à l’occasion du Salon et pour le futur Museum, non plus pour les besoins de la couronne (Gobelins, décoration des maisons royales).

Pierre est considéré, dès le milieu du XVIIIe siècle comme l’un des plus grands peintres français, mais cette célébrité contraste avec l’oubli voir le mépris qui ont suivi au lendemain de la Révolution et qui ont duré jusqu’à la fin du XXe siècle. Les jugements portés sur l’homme, réputé autoritaire, tyrannique et jaloux, et son rôle d’administrateur puissant de l’Ancien Régime, ont sans doute contribué au discrédit de son œuvre artistique. La méconnaissance de son œuvre, dispersé après la Révolution, n’a pas permis d’étude objective. A titre d’exemple, les deux grands décors qui le rendent fameux en son temps, L’Apothéose de Psyché au Palais-Royal et le plafond du salon d’Armide au château de Saint-Cloud, ont été détruits de son vivant. Des deux coupoles de l’église Saint-Roch à Paris subsiste L’Assomption de la Vierge.

Son style n’est pas aisé à qualifier car il est marqué par un certain éclecticisme qui vient tout naturellement du fait que Pierre s’est exercé dans plusieurs genres et sur des supports fort divers : son œuvre ne comporte pas seulement de vastes compositions plafonnantes et de grands tableaux d’autels, mais également de nombreux tableaux de genre et dessus-de-porte mythologiques, des eaux-fortes et des dessins d’illustration.
Pierre est le peintre d’histoire ayant exposé au Salon le plus grand nombre de tableaux de genre dans les années 1740. Au même moment il reçoit, avec Carle Vanloo, le plus grand nombre de tableaux à peindre pour les églises parisiennes.
Si ses œuvres perpétuent la tradition des peintres nés autour 1700 (Boucher, Natoire, Vanloo), ses tableaux d’histoire témoignent d’une composition plus linéaire et sévère. De même, son emploi de couleurs claires et sa facture lisse et précise montrent par rapport aux artistes de la génération précédente, un net souci de sobriété et de retenue.

En 1759, fort de ses succès des grands plafonds de Saint-Roch et du Palais-Royal, Pierre présente de nouveau ses œuvres au public mais en dehors du Salon . La Feuille nécessaire annonce ainsi en juillet 1759 que l’artiste expose dans son atelier « cinq petits tableaux nouvellement finis » et n’hésite pas à affirmer que « son génie, que rien ne resserre, a mis dans ces petits Tableaux toute la force & l’expression qu’on admire dans ses grands. »
Notre tableau est vraisemblablement le Moïse sauvé des eaux présenté lors de cette exposition, dont le pendant est Moïse et les Filles de Jethro. Tous deux font partie de la collection Loliée (gendre et héritier de Marguerite Le Comte, maîtresse de Claude-Henri Watelet) et sont apparemment vendus ensemble à Paris le 4-5 mars 1816, no. 13.
Peint à l’apogée de sa carrière artistique, Moïse sauvé des eaux montre un dessin sûr et sans sècheresse, un coloris riche et subtil et une composition savamment agencée autour de grands diagonales. Pierre confère de la monumentalité à ses personnages décrits à partir d’un point de vue bas. Le calme et la retenu émanent de l’œuvre, et nous sommes loin ici de la théâtralité et de l’excès de pathos des tableaux de la génération précédente.

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