Le fondeur de bronze - Lucien Lévy-Dhurmer

Le fondeur de bronze

Lucien LéVY-DHURMER
(Alger 1865 - Le Vésinet 1953)

Pastel sur papier
H. 960 mm ; L. 610 mm
Signé en bas à droite : Levy Dhurmer
Porte un cartel sur le montage : Le fondeur de bronze / par Levy Dhurmer/ offert par ses amis à Monsieur J. MALESSET / Président de Section au Tribunal de Commerce de la Seine / à l'occasion de / Sa Nomination d'OFFICIER de la LEGION d'HONNEUR/10 février 1907

Date : 1906-1907

Provenance : Collection Joseph Malesset, resté dans la famille depuis.

A l'âge de 14 ans, Lévy-Dhurmer entre à l'École communale supérieure de dessin et de sculpture du 11e arrondissement de Paris, où il suit les enseignements de deux élèves d’Alexandre Cabanel : Albert-Charles Wallet et Raphaël Collin, ainsi que d'Alexandre Vion, directeur de l'École communale. De 1887 à 1895, Lévy-Dhurmer travaille à la manufacture de céramique de Clément Massier à Golfe-Juan. Pratiquant parallèlement la peinture, le dessin et le pastel, il fait son premier voyage en Italie sans doute en 1895. Son exposition à la galerie Georges Petit à Paris en 1896 révèle d'abord un symbolisme préraphaélite et baudelairien avec des figures féminines allégoriques, élégantes et d'une sensualité tout intellectuelle, très inspirées de Puvis de Chavannes ou de l'art florentin et allemand des XVe et XVIe siècles (la Femme à la médaille, 1896, Paris, musée d'Orsay ; l'Automne, 1898, musée de Saint-Étienne).
Il entreprend, à partir de 1897, de nombreux voyages principalement en Europe et au Proche-Orient (Italie, Espagne, Hollande, Afrique du Nord, Turquie...), desquels il rapporte des scènes et des paysages idéalisés qui font l'objet de plusieurs expositions personnelles. Lévy-Dhurmer traverse alors une période réaliste, où ses œuvres expriment simplement la coloration chaude de la nature ou la personnalité curieuse de ses modèles (les Aveugles de Tanger, 1901, Paris, musée d'Orsay ; Mère bretonne, 1906, musée de Brest). Il s'efforce ensuite de faire la synthèse entre la vérité des choses et le regard intuitif de l'artiste, mais il reste avant tout un maître du Symbolisme ésotérique : il évoque de préférence des apparitions évanescentes, des visages lointains aux mystérieuses pâleurs (le Silence, 1895) et, après 1920, des nus matérialisés dans un nuage de couleur (Nu bleu, Paris, Petit Palais). Il réalise des portraits exquis, dont les plus célèbres furent ceux de Miss Nathalie Clifford-Barney et de Pierre Loti (1896, Bayonne, Musée basque), aux lointains crépusculaires. Dans le portrait de Georges Rodenbach (1896, Paris, musée d'Orsay), il exprime toute la quintessence de l'âme maladive du poète en une symphonie raffinée de tons d'une douce mélancolie. Lévy-Dhurmer devait, plus tard, illustrer l'œuvre principale de ce dandy nostalgique, Bruges la morte (1928), où s'exhale la langueur silencieuse et désuète des béguinages clos et des brumes sur les eaux nordiques. Il exécute aussi les couvertures des Fjords de Renée Vivien (1902).
L'importante donation Zagorowsky, exposée en mars-avril 1973 au Grand Palais (Paris), a été partagée entre les musées de Paris (musée d'Orsay et Petit Palais), de Beauvais, de Brest, de Gray, de Pontoise, de Saint-Étienne et de Sète.

Joseph Malesset fait fortune grâce à une d'une prospère fabrique d'appareils à eau de gazeuse. Il est promu au grade d'officier de la Légion d'honneur en 1906. Il est aussi officier de l'instruction publique et du Mérite agricole. Juge au Tribunal de Commerce de la Seine, il est également conseiller du Commerce extérieur et membre du Conseil supérieur des Colonies. Directeur des usines automobiles Darracq, il fait l'acquisition en 1906, de la fonderie d'art Gasne, successeur de la prestigieuse fonderie Thiébault Frères, mais aussi celle des établissements Molz, fonderie industrielle de bronze et de cuivre. Il fusionne peu après les deux entreprises et diversifie la production en deux branches. Une activité exclusivement de fonte industrielle, monumentale et de sous-traitance par la fonderie Molz alors que la fonderie Thiébault-Malesset pratique la fonte d'art notamment à la cire perdue et au sable. Ce pastel de Lévy-Dhurmer par son thème fait évidemment référence à l'activité de Joseph Malesset à qui il est offert. Malesset possédait également une autre œuvre de l'artiste sur le même thème, Les fondeurs, exposée au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1908 (voir Exposition de la Société Nationale des Beaux-Arts, Paris, Champ de Mars, 1908, n°735, reproduit). Le choix du pastel, technique de prédilection de Lévy-Dhurmer, confère de l'intensité aux couleurs employées, tandis que les hachures donnent un aspect frémissant à l'ensemble.

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