Régulus quittant sa famille pour retourner à Carthage - Laurent Pécheux

Régulus quittant sa famille pour retourner à Carthage

Laurent PéCHEUX
(Lyon 1729 - Turin 1821)

Huile sur toile
H. 0,49 m ; L. 0,62 m

Date : 1757-1761

Provenance : Jean-François Leroy de Senneville (1715-1784), collectionneur de peinture française contemporaine, mais aussi de peinture italienne et du Nord. Secrétaire du roi (1752-1780) et fermier général (1772-1780). Commanda la construction de l’Hôtel Le Roy de Senneville, rue Royale, en 1769.

Sa vente en la grande Salle de l’Hôtel de Bullion, rue Platrière, Paris, 11 avril 1780, expert A. J. Paillet, commissaire-priseur A. C. Chariot, n° 24: “Le Pecheux, Régulus quittant sa famille dont il est environné, pour se rendre à Carthage où il s’étoit engagé de retourner sur sa parole. Ce morceau réunit à la noblesse de la composition, le caractere et l’expression inséparables du genre de l’Histoire. Plusieurs personnes ont été jusqu’à présent persuadées que ce Tableau étoit de Mr Greuze, qui n’en désavoueroit pas le mérite; mais des informations plus justes nous ont instruit qu’il étoit original de Mr le Pecheux. Il est donc juste d’en laisser l’honneur à son véritable auteur. Peinture. Sur toile. Largeur vingt et un pouces. Hauteur de dix-huit (env. 48 sur 56 cm; la largeur est en réalité 23 pouces) (N° Lugt 3116) (la plupart des lots ne trouvèrent pas preneur et furent réoffertes en vente le 26 avril 1784) ;

Sa vente sur les lieux, en sa maison, rue Royale, place de Louis XV, Paris, 24 avril 1784, expert A.J. Paillet, commissaire-priseur Commandeur, n° 3 : “le Pecheux, Régulus, quittant sa famille dont il est environné, pour se rendre à Carthage où il s’étoit engagé à retourner sur sa parole. Ce morceau réunit à la noblesse de la composition, le caractère & l’expression inséparables du genre de l’histoire; il est regardé comme un des meilleurs ouvrages de ce Peintre; on y joindra la gravure lors de la vente. Peinture. Hauteur 18 pouces, largeur 21. (N° Lugt 3716) Vendu 341 livres ;

Acquis lors de cette vente par Antoine-Charles Dulac (1729-1811), marchand de tableaux, maître peintre et doreur sur bois, marchand bijoutier ;

Collection privée, Belgique

Bibliographie : Sylvain Laveissière, cat. exp. Laurent Pécheux. Un peintre français dans l’Italie des Lumières, musée des Beaux-Arts de Dole, 27 juin - 30 septembre 2012, musée des Beaux-Arts de Chambéry, 24 octobre 2012 - 20 janvier 2013, p. 87 et p. 89 : notre esquisse est mentionnée comme perdue, avec un possible passage en vente en 1780.

Œuvres en rapport : Notre tableau est une esquisse préparatoire pour un tableau commandé en 1757 par l’architecte Robert Adam pour son client Lord Hope, comte de Hopetoun, pour son château de Hopetoun House près d’Edinbourg, Ecosse. Le tableau final (qui mesurait approximativement H. 1,22 m ; L. 0,95 m) n’a pas été retrouvé, tout comme son pendant Coriolanus.

Deux dessins préparatoires sont conservés au musée des Beaux-Arts de Lyon et de Dijon.

Une estampe publiée en 1772 par Antoine de Marcenay de Ghuy, basée sur une peinture que graveur avait faite d’après une esquisse (peut-être notre tableau).

Originaire de Lyon, Laurent Pécheux réalise la plus grande partie de sa carrière en Italie, à Rome d’abord, puis à Turin où il devient le peintre officiel du roi de Piémont-Sardaigne. Pécheux est considéré comme l’un des pionniers du néoclassicisme européen. La présente esquisse, datée de vers 1757-1761, est en effet extrêmement tôt dans la mouvance néoclassique.
En 2012, une première rétrospective a été consacrée à Laurent Pécheux par le Musée des Beaux-Arts de Dole, présentée ensuite à Chambéry. Les travaux de Monsieur Sylvain Laveissière, commissaire de cette exposition, ont tiré de l’ombre cet artiste de premier plan.
Pécheux se forme à Lyon et à Paris, où il passe une année dans l’atelier de Charles Natoire. Arrivé à Rome en 1753, l’artiste se familiarise avec ce foyer artistique fécond. Les deux peintres les plus en vogue de la Rome du XVIIIe siècle sont Anton Raphaël Mengs (1728-1779) et Pompeo Batoni (1708-1787), le portraitiste obligé des jeunes lords accomplissant leur «Grand Tour» d’Europe. Pécheux est d’emblée en contact étroit avec ces deux peintres éminents : Mengs qui le conseille, et Batoni avec lequel il sera associé pour certaines commandes. Pécheux s’affirme comme l’un des représentants les plus accomplis de la peinture d’histoire romaine, au moment où s’élabore le néoclassicisme.
Laurent Pécheux mène une carrière exceptionnellement riche. Reçu à la prestigieuse Académie romaine de Saint-Luc en 1762, il est appelé à Parme en 1765 pour y portraiturer avec succès la future reine d’Espagne. Les plus grandes familles romaines lui confient les plafonds de leurs palais urbains (Borghèse, Barberini). Il travaille pour des amateurs français, pour le grand-maître de l’ordre de Malte, le pape Pie VI, ainsi que la Grande Catherine. En 1777, il quitte Rome pour Turin, où le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Amédée III, l’a choisi comme premier peintre et directeur d’une Académie tombée en léthargie. Son activité de peintre de cour, qui lui vaut de décorer le palais royal de Turin, ne l’empêche pas d’assurer de prestigieuses commandes privées, tel le plafond de la salle du Gladiateur à la Villa Borghèse à Rome, dont la décoration est la plus fameuse entreprise picturale de l’époque.

Notre tableau est issu d’une commande prestigieuse que Pécheux reçoit par l’intermédiaire de l’architecte Robert Adams en 1757. L’artiste doit peindre deux tableaux, des pendants, pour orner le château de Lord Hope près d’Edinburgh. Ces deux tableaux avaient des sujets antiques célébrant la vertu : Régulus quittant sa famille pour retourner à Carthage et Coriolanus. Livrés avant 1761, ces deux tableaux nous sont connus à présent uniquement par des études préparatoires et des gravures.

Général romain, Régulus est fait prisonnier par les Carthaginois en 256 av. J-C. lors de la première guerre Punique. Captif, il est envoyé à Rome, pour proposer au sénat de l’échanger contre un nombre considérable de Carthaginois. Il part sous la foi du serment, s’engageant à revenir se placer sous les fers si jamais la proposition n’était pas acceptée. Régulus exhorte ses compatriotes à refuser la paix aux conditions de l’ennemie et résiste aux instances de ses amis et aux larmes de sa famille. Malgré les prières de son épouse Marcia et de leurs deux enfants, il retourne à Carthage où il est supplicié. Selon Horace (Odes, livre III, chant V, 40-44), Régulus « écarta de lui, comme déchu du rang de citoyen, le baiser de sa chaste compagne et ses jeunes enfants et, farouche, attacha sur le sol son mâle regard (…). »

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