Saint François d'Assise en méditation - Gérard Seghers

Saint François d'Assise en méditation

Gérard SEGHERS
(Anvers 1591 - id. 1651)

Huile sur toile
H. 1,60 m ; L. 1,30 m
étiquette manuscrite au verso : St. François […] /sur toile / Gérard de la Note / […]
2e étiquette manuscrite au verso : St. François, par Honthorst / souvenir de / Cesse Amédée Visart de Bocarmé / à son neveu / le Cte d’Oultremont

Date : 1620-1625

Provenance : Cte et Cesse Amédée Visart de Bocarmé (1835-1924), député et bourgmestre de Bruges et président de l’Académie des Beaux-Arts de cette ville
Comte d’Oultremont (leur neveu)
Collection privée, Belgique

Saint François porte le froc de couleur grise, le long capuchon et la barbe des Capucins, un ordre devenu indépendant des Franciscains conventuels en 1619. A la contre-Réforme, à partir de la fin du XVIe siècle, le saint prêcheur devient aussi un symbole de pénitence et est représenté dans la solitude de la méditation.

Ce puissant nocturne à la lumière orangée, incluant une impressionnante nature morte, est l’œuvre du caravagesque anversois Gérard Seghers (1591-1651). Après son retour d’Italie et d’Espagne en 1620, sa peinture se distingue par ce clair-obscur dense et ces modelés vigoureux tempérés par le dessin souple et ondulant des formes. Seghers crée des typologies à la fois monumentales et sensibles. Les traits du saint, vibrants sous les accents de lumière, sont comparables à ceux de son Saint François en adoration devant l’Enfant Jésus gravé par Pieter de Jode dont une version peinte est récemment passée en vente à Paris (fin des années 1620).

Seghers développe une palette chaude aux profondes tonalités ocres modulées par les forts accents lumineux de la lampe à huile. Cette lumière artificielle souligne chaque objet d’une ombre forte et nette et crée de grandes plages obscures au premier plan et dans le fond du tableau. Elle creuse le tissu épais de la bure en longs sillons. Elle fait briller le nez rougis du saint comme dans le L’Extase de saint François de Seghers de la collection Koelikker. Cette lumière dorée fait aussi scintiller le crucifix en bronze et rend palpables chaque objet de la méditation du Poverello. Cet effet tactile des éléments de cette nature morte, livres, crâne, crucifix, apparaît dans d’autres œuvres de Seghers peintes dans la première moitié des années 1620, comme la Marie Madeleine pénitente (Washington, National Gallery) et L’Extase de saint François (Paris, Musée du Louvre) . Ces deux dernières œuvres partagent avec notre tableau cette facture ample et ce dessin souple propres à Seghers.

Le peintre invente à chaque fois des compositions originales sur les thèmes fondamentaux de la foi chrétienne tout en s’appuyant sur la culture visuelle nourrie par ses voyages en Italie et en Espagne. La posture méditative de saint François, vu profil, le regard baissé vers le crâne qu’il tient à bout de bras, dérive du Saint François en méditation peint par Caravage vers 1606. Lors de son séjour à Rome, à situer entre 1611 et 1617, Seghers a pu en voir la version originale à Carpineto Romano, au Sud de la ville (aujourd’hui au Palazzo Barberini), ou sa copie anonyme dans l’église des Capucins de Rome, Santa Maria della Concezione, sans doute exécutée durant les années 1610. La monumentalité de la figure, les drapés sobres et sculpturaux de notre Saint François évoque également la peinture espagnole de la fin des années 1610. Seghers a, sans doute, pu observer lors de son passage dans la péninsule entre 1617 et 1620, le Saint François embrassant le Christ en croix de Francisco Ribalta (Musée des Beaux-Arts de Valence, vers 1620) car il dessine la bure du saint de la même manière. La palette ocre dorée, l’attitude mystique du Saint François de Seghers, anticipent les versions peintes par Francisco de Zurbaran à partir des années 1630 .

Seghers a l’idée originale de placer la lampe à huile entre les bras du saint, intensifiant l’effet de la lumière et du contre-jour. Cette lampe à huile étonne par sa hauteur. Cet objet rare se retrouve dans deux Marie-Madeleine caravagesques anonymes. Leur mise en page et leur traitement de la lumière, créant de fortes ombres dédoublant chaque volume, sont identiques à notre Saint François et plaident pour une attribution à Gérard Seghers. L’une (localisation inconnue) est passée en vente à Amsterdam en 2003, comme attribuée à Matthias Stomer, et son historique n’est pas connu . L’autre est conservée au château Weissenstein à Pommersfelden depuis 1808 au moins, et elle est attribuée à Le Nain . Cette dernière attribution semblait incorrecte à Leonard J Slatkes qui pensait déjà à une œuvre en lien avec Gérard Seghers . Une troisième Marie-Madeleine (localisation inconnue), est une copie, offrant une variation sur ce thème, elle était conservée dans une église de Gand qui a été fermée . Dans ces trois tableaux, on remarque l’invention de Seghers, qui, à chaque fois, fait varier la gestuelle de la sainte et la disposition des objets. Un objet exotique précieux apparaît, un pot en porcelaine chinoise blanc-bleu d’époque Wanli (1573-1619), largement importé dans les Anciens Pays-Bas par la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (VOC).

Dr. Anne Delvingt

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