L'aquarium bleu - Georges Braque

L'aquarium bleu

Georges BRAQUE
(Argenteuil 1882 - Paris 1963)

Huile sur carton marouflé sur toile
H. 0,77 m ; L. 1,07 m
Quatre étiquettes d’exposition sur le revers du tableau

Date : 1960-1962

Provenance : Collection privée, Paris (1968)
Claude Laurens, Paris (1980)
Galerie Louise Leiris, Paris (1987)
Galerie Beyeler, Basel
Collection privée (acquis chez Beyeler en août 1988)

Exposition : G. Braque. Braque, die Malerei und wir. Erinnerungen und Gespräche mit dem Künstler gesammelt von Dora Vallier, cat. exp. Galerie Beyeler, Basel 1968, no. 63 (en couleur en pleine page, et en noir et blanc dans son atelier (1960), intitulé comme ,Aquarium’), (étiquette sur le revers du tableau).
Georges Braque, Henri Laurens, Louisiana Museum of Modern Art, Humlebaek, mars-mai 1969 (étiquette sur le revers du tableau).
Braque, Accademia di Francia, Villa Medici, Rome, 15.11.1974 - 20.01.1975.
Georges Braque, Fondation Maeght, Saint-Paul, 05.07. - 30.09.1980 (étiquette sur le revers du tableau).
Georges Braque en Europe, Centenaire de la naissance de George Braque, Galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 14.05. - 01.09.1982 et Musée d’Art Moderne, Strasbourg, 11.09. - 28.11.1982 (étiquette sur le revers du tableau).
Georges Braque, Barcelona, Fundación para el Apoya de la Cultura, 1986, p. 248, no. 86 (ill. en couleur, p. 249; ill. encore en noir et blanc dans l’atelier de l’artiste, p. 2).

Bibliographie : Marco Valsecchi et Massimo Carrà, Das Gesamtwerk des Braque von der kubistischen Zerlegung bis zur Wiedergewinnung des Gegenstandes 1908 -1929, Paolo Lecaldano (ed.), Milan 1971, no. 479, p. 105 (ill., intitulé comme ,Acquario’).
Serge Fauchereau, Braque, Recklinghausen 1988, span. first ed., Barcelona 1987, no. 150, n.p. (ill. en couleur).
Bernard Zurcher, Georges Braque, Leben und Werk, Munich/Fribourg 1988, no. 215, p. 265 (ill. en couleur en pleine page).
Georges Braque, rétrospective, cat. Publié à l’occasion de l’exposition du même nom, Fondation Maeght, Saint-Paul, 05.07. - 15.10.1994, Paris 1994, p. 12 (en noir et blanc, vue dans l’atelier) ; 2016, cat. Galerie Haas, Berlin / Zürich, pp. 60-61 (ill. en couleur en page double).

EXPERTISE :
Quentin Laurens, détenteur du droit moral, a eu la gentillesse de confirmer que ce tableau est enregistré dans ses archives.

Braque écrit que « Je ne suis plus concerné par les métaphores, mais par les métamorphoses » (cite par J. Golding, Braque: The Late Works, cat. exp., Royal Academy of Arts, London, 1997, p. 89). Peint entre 1960 et 1962 et précédemment dans la collection de l’héritier de l’artiste, Claude Laurens, l’Aquarium bleu est extraordinairement riche en ces métamorphoses visuelles. Des éléments de composition se mêlent et se décalent les uns dans les autres ; ils se confondent et dialoguent visuellement entre eux comme un poète utilise la comparaison, le rythme et l’allitération ; les lignes et les formes se font écho ; des objets ordinaires du présent se dégagent des réminiscences d’œuvres du passé, tous gouvernés par un impératif pictural intuitif né de l’expérience longue et de la sagesse d’un maître. Sur notre tableau richement texturé, des poissons bleu clair semblent s’être fusionnés avec leur aquarium, leur contexte spatial, devenant essentiellement la même chose. John Richardson, commentant l’œuvre des dernières années de Braque remarquait « Les objets ont fusionné les uns dans les autres et se sont amalgamés avec l’élément spatial au point d’être devenus indéchiffrables » (George Braque, Paris, 1962, p. 27).

Plus de cinq décennies plus tard, le Cubisme continuait de jeter un sort motivant sur Braque, guidant ses dernières recherches concernant la manière dont les objets matériaux existent dans l’espace. L’aquarium bleu, comme la série séminale des dernières années, l’Atelier, porte l’alpha et l’oméga de la longue carrière de Braque. Le peintre expliqua à Richardson. « Aucun autre objet ne peut être ligoté à une seule sorte de réalité ; une pierre peut faire partie d’un mur, un morceau de sculpture, une arme mortelle, un caillou sur une plage ou toute autre chose que l’on pourrait souhaiter, comme cette lime que j’ai à la main peut être métamorphosée en un chausse-pied ou une cuillère selon la manière dont je m’en sert. La première fois où cette phénomène m’a frappé était dans les tranchées pendant la Guerre de 1914, lorsque mon ordonnance transforma un seau en un brasero en y perçant quelques trous à l’aide de sa baïonnette et l’ayant rempli de charbon. Pour moi, cet incident banal prenait une signification poétique : j’ai commencé à voir les choses d’une nouvelle façon. Je me suis rendu compte que tout est l’objet de métamorphose ; tout change selon les circonstances. Donc lorsqu’on me demande si une forme spécifique dans un de mes tableaux représente la tête d’une femme, un poisson, une vase, un oiseau, ou tous les quatre en même temps, je ne peux donner une réponse catégorique, car cette confusion « métaphorique » est fondamental pour ce que je cherche à exprimer. Tout est pareil pour moi si une forme représente une chose différente pour des spectateurs différents, ou plusieurs choses en même temps. Et puis de temps en temps, j’introduis des formes qui n’ont aucune signification littérale quelconque, parfois il s’agit d’accidents qui par hasard conviennent à mon objectif, parfois des ‘rimes’ qui font écho à d’autres formes, et parfois des motifs rythmiques qui aident à intégrer une composition et l’animer » (J. Russell, Georges Braque, Londres, 1959, p. 26).

Lors des discussions avec le peintre, Richardson a mentionné la possible influence du Bouddhisme Zen sur les œuvres de la fin de la carrière de l’artiste. Braque lui répond à ce sujet, et fait aussi une assertion révélatrice concernant sa philosophie personnelle à ce stade tardif de sa vie et de son œuvre, « Mes idées, viennent-elles du Zen-bouddhisme ? Je ne le pense pas. Il est vrai que ces dernières années, j’ai beaucoup lu sur le Zen-bouddhisme mais cette philosophie n’a eu aucune influence sur moi… Je ne m’y intéresse que pour savoir à quel point certains dogmes du Zen-bouddhisme se rapprochent de points de vue que j’ai entretenus depuis longtemps… Vous voyez, j’ai fait une grande découverte : je ne crois plus à rien. Les objets n’existent pour moi que dans la mesure où un rapport existe entre eux ou entre eux et moi-même. Lorsqu’on atteint cet accord, on aboutit à une sorte de non-existence intellectuelle, et ce que je ne peux décrire comme un état de paix, qui rend tout possible et correcte. La vie devient alors une révélation perpétuelle. C’est de la vrai poésie » (cité dans J. Russell, Georges Braque, Londres, 1959, p. 26.).



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