La prière - Odilon Redon

La prière

Odilon REDON
(Bordeaux 1840 - Paris 1916)

Fusain sur papier
H. 448 mm ; L. 335 mm
Signé en bas à droite : ODILON REDON

Date : 1883

Provenance : Durand-Ruel, Paris, avril 1891
Bernheim, Paris, vers 1909
Collection Gustave Fayet, Béziers
Collection A. d’Andoque, Béziers
Collection particulière, France

Exposition : Galerie Durand-Ruel, Paris, Société de peintres-graveurs français, troisième exposition, du 4 au 30 avril 1891, no. 268.
Cercle de l’Art moderne, quatrième exposition, Le Havre, hôtel de ville, juin 1909, no. 61.
Odilon Redon, Musée des Arts Décoratifs, Paris, 1926, no. 209.
Odilon Redon. Prince du rêve, Paris, Grand Palais, Galeries nationales, 23 mars - 20 juin 2011, Montpellier, musée Fabre, 6 juillet - 16 octobre 2011, p. 190-191, no. 54 (ill.).

Bibliographie : La Vie moderne, 24 octobre 1885 (représentation en couverture).
Georges Auriol, « Huitième exposition des Indépendants », Le Chat noir, 22 mai 1886, p. 708, no. 228.
Alfred Ernst, « Deux expositions », Le Parti national, 12 avril 1891. Alfred Ernst, « Nos graveurs », La Paix, 12 avril 1891 (même article que le précédent).
Roseline Bacou, Odilon Redon, Genève, 1956, t. II, no. 45, fig. 45.
Odilon Redon, Paris, 1956-1957, cité au no. 235.
Klaus Berger, Odilon Redon, Phantasie und Farbe, Cologne, 1964, p. 233, no. 692. (Das Gebet, sans ill.).
Dario Gamboni, La plume et le pinceau, Paris, 1989, fig. 15.
Alec Wildenstein, Odilon Redon. Catalogue raisonné de l’œuvre peint et dessiné, Paris, 1992, vol. I (Portraits et figures), p. 71, no. 150 : La prière, dit aussi L’orante, dit aussi Tête fumante.

Œuvres en rapport : - Lithographie reproduite en couverture de La Vie moderne du 24 octobre 1885.
- Un dessin au fusain, Profil de femme à la couronne (H. 514 mm ; L. 369 mm), qui reprend en partie la composition, Alec Wildenstein, Odilon Redon. Catalogue raisonné de l’œuvre peint et dessiné, Paris, 1992, vol. I (Portraits et figures), p. 70-71, no. 149. Ce dessin a été transposé en lithographie (voir le catalogue raisonné de l’œuvre gravé : André Mellerio, Odilon Redon, Paris, Société pour l'étude de la gravure française, 1913, no. 124.) pour le frontispice de Chevaleries sentimentales de Ferdinand Herold, 1893.

Notre dessin La prière, dit aussi L’orante ou encore Tête fumante, fait partie d’une série de fusains et de lithographies produits au cours des années 1870 et 1880 que Redon appelle « mes peintures noires ». Ces représentations obscures, qui par la suite disparaîtront peu à peu de son œuvre, nous plongent dans un monde magique rempli d’étranges visions et marqué par la peur des forces mystérieuses.

De cette figure d’orante émanent une profonde spiritualité et un calme envoûtant. Ses yeux mi-clos avec une pupille tournée vaguement vers l’avant traduisent un regard introspectif. Le visage de la jeune femme est décrit rigoureusement de profil. Ses mains jointes, initialement inclinées vers l’avant, ont été redressées pour accentuer la verticalité de la composition, soulignée également par ses cheveux rectilignes.
Redon exprime la spiritualité de l’orante par une fumée qui semble émaner de sa tête. Selon Rodophe Rapetti , cette fumée n’est pas sans évoquer l’ushnisha, protubérance crânienne qui apparaît dans certaines représentations du Bouddha et qui parfois est surmontée d’une flamme symbolisant l’énergie spirituelle. Transposé en lithographie, où plus de place est laissée à la fumée, notre dessin a été reproduit en couverture de La Vie moderne du 24 octobre 1885.

Deux ans environ avant l’élaboration de notre dessin, Redon créa Profil de lumière , dit aussi La Fée, la première version d’une série d’orantes de profil à gauche, dont la spiritualité est signifiée par la lumière qui jaillit de son visage. Puis, certainement après que notre dessin a vu le jour, l’artiste créa Profil de femme à la couronne , qui s’apparente à une synthèse des deux dessins précédents : la face de la jeune femme rayonne de lumière, ses mains sont jointes devant elle et un nuage de fumée apparaît au-dessus de sa tête. Pour finir, dans son audacieuse composition La Cellule d’or, réalisée vers 1892, Redon décrivit le profil d’une femme en bleu de cobalt sur fond d’or.

Dans sa prise de vue de profil, notre dessin fait clairement penser aux portraits de cour du Quattrocento italien. Redon a sans doute été touché par le portrait d’un artiste comme Pisanello ou Piero della Francesca, qui, eux, poussent la simplicité linéaire à l’extrême et tendent à une géométrisation des formes. Au moment de l’élaboration de notre dessin, ni le Portrait d'une jeune princesse de Pisanello, ni le portrait de Sigismondo Pandolfo Malatesta de Piero della Francesca ne sont encore entrés aux collections du musée du Louvre, mais Redon a pu connaître leurs estampes ou bien d’autres portraits similaires. Le portrait de Sigismondo Pandolfo Malatesta de Piero della Francesca, quant à lui, est à mettre en lien avec une fresque que l’artiste élabore dans les mêmes années à Rimini, représentant Malatesta en oraison, agenouillé devant son saint patron.

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