Orphée - Odilon Redon

Orphée

Odilon REDON
(Bordeaux 1840 - Paris 1916)

Huile sur carton
H. 0,53 m ; L. 0,68 m
Signé en bas à gauche : ODILON REDON

Date : 1900-1905

Provenance : Collection Gustave Fayet, Béziers Collection particulière, France

Exposition : Odilon Redon. As in a Dream, cat. exp. Francfort, Schirn Kunsthalle, 28 janvier - 29 avril 2007, p. 231, no. 131 (ill.). Odilon Redon. Prince du rêve, cat. exp. Paris, Grand Palais, Galeries nationales, 23 mars - 20 juin 2011, cat. exp. Montpellier, musée Fabre, 6 juillet – 16 octobre 2011, p. 316-317, no. 115 (ill.). Paysages d'Odilon Redon : la nature silencieuse, cat. exp. Bordeaux - musée des Beaux-Arts, 9 décembre 2016 - 26 mars 2017; Quimper - musée des Beaux-Arts, 18 mai - 11 septembre 2017, p. 203, no. 128 (ill.).

Bibliographie : Roseline Bacou, Odilon Redon, Genève, 1956, t. I, p. 160, note 1; p. 257, texte et note 1. Klaus Berger, Odilon Redon, Phantasie und Farbe, Cologne, 1964, p. 191, no. 126. Alec Wildenstein, Odilon Redon. Catalogue raisonné de l’œuvre peint et dessiné, Paris, 1994, vol. II (Mythes et légendes), p. 70, no. 886.

Confié aux soins d'un oncle, Redon passe son enfance dans le domaine isolé de Peyrelebade, dans les Landes, où il souffre d'angoisse et d’un sentiment d’abandon. À l'âge de vingt ans, il se rend à Paris, mais ne trouve guère de satisfaction dans l'étude de l'architecture, pas plus que dans l'enseignement du peintre académique Jean-Léon Gérome. À Bordeaux, il rencontre Rodolphe Bresdin qui l’encourage et lui enseigne la gravure.
Au cours des années 1870 et 1880, Redon produit une série de fusains et de lithographies qu'il appelle « mes peintures noires ». Ces représentations obscures, conçues pour la plupart dans sa terre de Peyrelebade, disparaîtront par la suite peu à peu de son œuvre. En 1880, il épouse une jeune fille créole, Camille Falte et neuf ans plus tard naît leur fils unique Arï. En 1897, Redon perd sa propriété de Peyrelebade et sa vision ténébreuse prend fin peu après.
C’est vers 1900, alors qu’il a soixante ans, qu’une nouvelle période créatrice commence pour Redon. Il recourt alors à la peinture et au pastel et déploie un sens admirable de l'orchestration chromatique. Redon a en commun avec la nouvelle génération d'artistes non seulement le goût de l'intimité et celui de la couleur – perçue comme un élément constructif et non plus imitatif – mais aussi un sens nouveau de l'espace. Son espace pictural se dépouille progressivement de ses différents plans pour n’en constituer plus qu'un seul et unique. Ainsi, la surface unie qui en résulte ne renvoie plus à l’aspect tactile de notre expérience quotidienne, mais révèle les traces magiques de ses visions immatérielles.

Notre tableau fait partie d’une série de représentations qu’élabore Redon sur le mythe d’Orphée, figure majeure de la mythologie grecque. Fils du dieu fleuve Oeagre et de la muse Calliope, il est avant tout musicien. Il invente la cithare à neuf cordes et détient le pouvoir d’apaiser avec ses chants les bêtes féroces et les hommes sauvages. Sa femme, la nymphe Eurydice, meurt des suites d’une morsure de vipère. Hadès, dieu des Enfers, l’autorise à ramener son épouse sur terre à condition qu’Orphée ne se retourne vers elle lors du voyage de retour. Mais, ne résistant pas au désir de la revoir, Orphée tourne son regard vers Eurydice qui disparaît à jamais dans les ténèbres de la mort. Désespéré et inconsolable, Orphée, enfermé dans le souvenir de son amour perdu, reste sourd aux avances des femmes thraces qui, de dépit, le déchiquettent. Ses restes roulent dans les eaux du fleuve Nestos et, tandis que le courant l’emporte, sa tête continue d’appeler Eurydice.
Le mythe d’Orphée a inspiré maints créateurs, peintres et musiciens, de Monteverdi à Delacroix, de Gluck à Gustave Moreau (Orphée, 1865, musée d’Orsay). Ce dernier a renouvelé la tradition iconographique et certainement influencé Redon. En effet, la représentation de Moreau est celle d’une jeune fille tenant entre ses bras la lyre et la tête d’Orphée, qu’elle contemple avec gravité.

Mentions légales
Andlauer Hof | Münsterplatz 17 | 4051 Basel | Suisse | Tél +41 61 681 35 35 | Fax +41 61 681 75 70