Nature morte aux oiseaux et aux instruments de musique - Jean-Baptiste Oudry

Nature morte aux oiseaux et aux instruments de musique

Jean-Baptiste OUDRY
(Paris 1686 - id. 1755)

Huile sur toile
H. 2,47 m ; L. 1,50 m

Date : 1725-1730

Provenance : Collection du comte d’Armaillé Sa vente, Paris, Galerie Sedelmeyer, 5-6 juin 1890, no. 10 (ill.) Collection privée, France

Bibliographie : Hal N. Opperman, Jean-Baptiste Oudry, New York et Londres, 1977, vol. 1, p. 534, no. P 461.

Œuvres en rapport : - La partie centrale avec la musette et la partition de musique provient de la composition Allégorie de l’Air, 1719, huile sur toile, H. 1,44 m ; L. 1,18 m, Stockholm, château royal (dépôt du musée national), cf Opperman 1977, P 439. - L’Allégorie de l’Europe, 1722, huile sur toile, H. 1,62 m ; L. 1,52 m, collection de la Fondation Sarah Campbell Blaffer, présentée au Museum of Fine Arts à Houston, Texas. - Nature morte avec une musette et un violon, 1725, huile sur toile (ovale), H. 0,88 m ; L. 0,66 m, signée et datée J.B. Oudry / 1725, Toledo, The Toledo Museum of Art, Etats-Unis. - Nature morte avec musette et partitions de musique, huile sur toile, H. 0,65 m ; L. 0,80 m, ancienne collection Georges de Lastic. - Attributs de musique, 1736, huile sur toile, H. 0,86 m ; L. 0,67 m, datée sur la partition 1736, musée national de Sèvres.

Après un premier apprentissage chez son père, le peintre Jacques Oudry, membre de l’Académie de Saint-Luc, l’artiste se forme auprès du célèbre portraitiste Nicolas de Largillière, qui le marque profondément. Admis à l’Académie de Saint-Luc en 1708, Oudry est reçu à l’Académie royale en 1719 comme peintre d’histoire. Pendant les premières années de sa carrière, il peint des portraits puis se spécialise très vite dans la représentation de natures mortes et des scènes animalières. Louis XV, passionné par la chasse, lui commande les portraits de ses chiens favoris. De 1728 à 1739, Oudry se révèle un prodigieux créateur de tapisseries. Sa plus fameuse tenture est celle des Chasses de Louis XV, en huit pièces (1734-1745). Il dirige la manufacture des tapisseries de Beauvais à partir de 1733, avant d’être nommé inspecteur aux Gobelins en 1736.
Notre composition s’organise autour d’un mur bas et d’un entablement de pierre qui en occupent la partie gauche, tandis que la partie droite ouvre sur un profond paysage. Sur le mur sont posés une guitare et un oranger dans un grand vase sur lequel se tient perché un perroquet. On aperçoit au premier plan un rosier, deux outardes et une grue couronnée. Dans la partie centrale sont disposés une musette, un violon et une partition de musique. À en juger par le nombre de reprises du thème (Voir J.-B. Oudry 1686-1755, cat. exp. Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1er octobre 1982 – 3 janvier 1983, no. 33, p. 86-88.), aucune composition d’Oudry n’a connu de plus grand succès que cet élégant arrangement sur l’entablement. Cette partie centrale figure une première fois en 1719 dans une grande composition décorative, Allégorie de l’Air, 1719, huile sur toile, H. 1,44 m ; L. 1,18 m, Stockholm, château royal, dépôt du musée national (cf Opperman 1977, P 439.), qui fait partie d’une série sur les quatre éléments. Jusqu’à leur vente au roi de Suède vers 1740, ces quatre tableaux sont exposés dans l’atelier d’Oudry. L’artiste reçoit plusieurs commandes de répliques de la partie centrale l’Allégorie de l’Air, de formats différents, avec toutes sortes de variantes. Le même ensemble de la musette et la partition de musique se retrouvent sur un tableau daté de 1722, aujourd’hui au musée de Houston, Texas (L’Allégorie de l’Europe, 1722, huile sur toile, H. 1,62 m ; L. 1,52 m, collection de la Fondation Sarah Campbell Blaffer, présentée au Museum of Fine Arts à Houston, Texas.). Une composition ovale signée de 1725 est conservée au Toledo Museum of Art aux États-Unis (Nature morte avec une musette et un violon, 1725, huile sur toile (ovale), H. 0,88 m ; L. 0,66 m, signée et datée J.B. Oudry / 1725, Toledo, The Toledo Museum of Art, Etats-Unis.). Le musée de Sèvres en détient une autre version, datée de 1736 (Attributs de musique, 1736, huile sur toile, H. 0,86 m ; L. 0,67 m, datée sur la partition 1736, musée national de Sèvres).

On sait l’amour d’Oudry pour la musique. L’artiste a rassemblé une importante collection de guitares, son instrument préféré, qu’il fait souvent figurer dans ses tableaux à côté d’autres instruments. Les partitions dans ses œuvres sont si justement décrites qu’il serait possible de les jouer. L’attirance du peintre pour les instruments de musique est si évidente et sa connaissance si précise qu’il a dû entretenir d’étroites relations avec d’autres musiciens. Oudry a vécu au sein d’un milieu d’artisans et de commerçants, dont plusieurs membres de la famille Holleterre, qui comptent parmi les compositeurs, facteurs et joueurs d’instruments à vent les plus réputés en France.

Chef-d’œuvre de virtuosité, notre tableau démontre la remarquable maîtrise de l’artiste dans la représentation de natures mortes et d’animaux vivants. L’attrait principal de l’œuvre réside dans la luxueuse musette, aux tons vermeil et bleu de Prusse, brochée d’or, contrastant avec la pierre tendre et terne du mur et le porphyre dur et poli de l’entablement, encadrée d’un côté par le violon au bois verni et de l’autre par les partitions de musique froissées. La musette, composée de matériaux nobles (ébène et ivoire pour les chalumeaux et le cylindre renfermant les bourdons, touches et boucle du soufflet en argent), était un objet précieux, davantage destiné à un amateur fortuné qu’à un musicien professionnel. La partition de musique visible sur notre tableau provient d’un Recueil d’Airs sérieux et à boire, d’une grande popularité, publié par Jean-Baptiste Christophe Ballard en 1718. La musique est de Louis Lemaire et les paroles de Bruseau. La chanson est une supplique au « Divin Sommeil » afin qu’il n’agisse pas sur les joyeux drilles qui s’enivrent au vin nouveau. ( « Divin sommeil par vos charmes puissants / Endormez tout le monde / Répandez vos pavots les plus assoupissants / Sur la terre et sur l’onde / Mais à présent qu’avec ce vin nouveau / Je travaille à rougir ma trogne / Gardez-vous d’endormir un ivrogne / Occupé du plaisir de vuider son tonneau. »)

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