Les fils de Tarquin admirant la vertu de Lucrèce - Jean-Jacques Lagrenée

Les fils de Tarquin admirant la vertu de Lucrèce

Jean-Jacques LAGRENéE
(Paris 1739 - id. 1821)

Huile sur toile
H. 1,28 m ; L. 1,94 m
Signée et datée en bas au centre : J. J. Lagrenée 1781

Date : 1781

Provenance : Collection particulière, France

Exposition : Paris, Salon de 1781, no. 34.

Bibliographie : Jean Locquin, La peinture d’histoire en France de 1747 à 1785, Paris, 1912, p. 252 et 255. Louis Hautecoeur, Histoire de l’art, 1959, p. 56. Bukdahl, II, 1982, p. 225 et 309 (mention). Marc Sandoz, Les Lagrenée, II. - Jean-Jacques Lagrenée (le jeune), 1739-1821, Paris, 1988, p. 226-227, no. 135 (comme localisation inconnue).

Œuvres en rapport : Les Tarquins adjugeant à Lucrèce le prix de la vertu, dessin exposé au Salon de 1783, no. 24. Selon Marc Sandoz, ce dessin pouvait être l’esquisse de notre tableau, cf Marc Sandoz, Les Lagrenée, II. - Jean-Jacques Lagrenée (le jeune), 1739-1821, Paris, 1988, p. 243, no. 170 (localisation inconnue).

Ce tableau exceptionnel par sa taille imposante et son très bon état de conservation met en scène un sujet rarement représenté. Il s’agit d’une légende des premiers temps de la Rome antique rapportée par Tite-Live. En 509, alors que son père, le roi Tarquin le Superbe, assiégeait la ville d’Ardée, Sextus, amateur d’orgies et de débauches, entraîna à Rome quelques compagnons pour vérifier la conduite de leurs épouses. Ils ne purent alors que constater l’infidélité des belles-filles du roi. Seul Tarquin Collatin son frère, trouva son épouse Lucrèce, renommée pour sa beauté et plus encore pour sa vertu, filant sagement la laine et veillant sur sa demeure. Lagrenée décrit ici le moment où Sextus, face à elle, reste stupéfait par cet exemplum virtutis. La suite tragique de la légende est bien connue : le viol et le suicide de Lucrèce.
Le choix de ce sujet d’histoire ancienne est représentatif pour l’époque. À partir de 1775, de tels sujets augmentent dans des proportions considérables, avec une préférence accordée aux sujets de l’histoire romaine (surtout du temps de la République, cf Jean Locquin, La peinture d’histoire en France de 1747 à 1785, Paris, 1912, p. 251.) . Selon Marc Sandoz, l’importance de notre tableau laisserait penser à une commande, mais nous n’en avons pas la preuve (Marc Sandoz, Les Lagrenée, II. - Jean-Jacques Lagrenée (le jeune), 1739-1821, Paris, 1988, p. 226).

Jean-Jacques Lagrenée, dit le Jeune, joue un rôle important dans le renouveau de la peinture d’histoire dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il fait partie de la même génération de peintres que Lépicié, Brenet, Durameau et Doyen. Lagrenée fut l’élève de son frère Louis, de seize ans son aîné. Après avoir obtenu le second grand prix de Rome en 1760, il le suivit en Russie la même année mais revint en France après la mort de l’impératrice en 1762. Il séjourna en Italie de 1763 à 1769 et parvint en 1768 – malgré l’absence du premier grand prix – à intégrer pendant un an l’Académie de France à Rome. Pendant ses années en Italie, l’artiste se passionna pour l’Antiquité. Agréé par l’Académie royale en 1769, il exposa régulièrement au Salon de 1771 et 1804. En 1775, il fut reçu à l’Académie avec le Plafond de l’Hiver de la Galerie d’Apollon au Louvre. En 1776, on le nomma adjoint à professeur et, en 1781, professeur en titre.
Artiste novateur, Lagrenée le Jeune est un décorateur recherché pour les plafonds. Il devient l’un des principaux « plafonniers » de son temps, avec Barthélemy, Durameau et Callet. Il s’intéresse aux frises des temples grecs, aux peintures des thermes, des vases étrusques. Au cours de sa vie, son vocabulaire des formes se simplifie, se dépouille, jusqu’à donner à ces frises un aspect monumental. En cela, il est un des précurseurs des styles Adam et Empire. Ce goût nouveau lui vaudra par la suite le titre de directeur artistique de la manufacture des Sèvres (1785-1800). Sa curiosité pour les techniques artistiques nouvelles le conduit à des essais originaux : il grave en manière de lavis, il peint également sur verre et invente un procédé pour travailler sur le marbre. Dans le domaine du dessin, il se fait une spécialité de rehausser d’or le lavis de bistre ou d’aquarelle. Abondant et varié, son œuvre pictural est d’abord marqué par le clair-obscur et l’influence de l’académisme bolonais du XVIIe siècle. À partir des années 1780, on note l’inspiration puisée dans l’Antiquité et son goût pour le pittoresque qui l’amène à évoquer la vie quotidienne antique.

Notre tableau montre deux groupes de personnages placés en premier plan, tels sur une scène de théâtre, dans un espace architectural d’un décor dorique et dépouillé, qui témoigne du goût de Lagrenée pour l’Antiquité. Comme chez Raphaël, l’architecture donne jour sur une vue de la campagne. En dépit de l’artificialité d’une pareille mise en scène, il est nécessaire d’admettre la justesse des attitudes, correspondant bien aux sentiments et aux actions tels que décrits dans le récit. On notera également la grande qualité des draperies et l’éclat de leur couleur.
Parmi les modèles et références que Lagrenée doit avoir eu en tête lors de l’élaboration de sa composition, nous ne manquerons pas d’évoquer Alexandre dans la tente de Darius (1660, musée de Versailles) de Charles Le Brun, qui a valeur de manifeste pour le classicisme de la peinture française. Bien entendu, la légèreté décorative du siècle de Boucher qui caractérise notre œuvre la distingue fortement du tableau de Le Brun. Pourtant, le concept est également celui d’une scène de théâtre. Dans un même esprit classique, Lagrenée représente les sentiments à leur comble et s’attache à peindre la variété des expressions.

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