Portrait de Marie Rose Larlan de Rochefort marquise des Nétumières - Jean-Marc Nattier

Portrait de Marie Rose Larlan de Rochefort marquise des Nétumières

Jean-Marc NATTIER
(Paris 1685 - id. 1766)

Huile sur toile
H. 1,00 m ; L. 0,81 m
Signée et datée à droite au centre : Nattier/ Pinxit.1748

Date : 1748

Provenance : Descendance du modèle - Comte de Legge, château de Bel-Air, Le Pertre (Ille-et-Vilaine)

Jean-Marc Nattier se forme auprès de son fameux parrain Jean Jouvenet (1644-1717) en vue de devenir peintre d’histoire. Il suit des cours de dessin d’après modèle vivant à l’Académie royale, avec son frère aîné Jean-Baptiste. En 1718, il devient membre de l’Académie en tant que peintre d’histoire. Peu après, il se consacre entièrement à la peinture de portraits, même si Paris compte alors de nombreux portraitistes reconnus, dont Nicolas de Largillière (1656-1746) et Hyacinthe Rigaud (1659-1743) qui, au début du règne de Louis XV, sont encore très en vogue auprès d’une clientèle d’aristocrates et de grands bourgeois, par la somptuosité de leur pinceau et la pompe souvent décorative de leurs mises en scène. Nattier reprend leur tradition et développe à la fin des années 1730 son propre style incomparable : par une gamme chromatique associant le bleu, le gris perle, le vert et le rose, et par l’usage d’une matière posée en touches légères et duveteuses qui confère un aspect un peu flou aux chairs. La ressemblance reste évidente bien que l’artiste ajoute à la beauté de ses modèles. Selon le souhait de ses clientes, il peint des portraits historiques, allégoriques ou mythologiques, montrant par exemple les dames habillées en déesses.
En 1741, l’ambassadeur de Suède en France, Carl Gustaf Tessin, souligne comment il est devenu difficile d’obtenir un portrait du célèbre Nattier, chéri par la société française. Dans les années 1740, Nattier devient le peintre préféré de la famille royale. Il peint les quatre filles de Louis XV, Mesdames de France, et bien sûr, Marie Leszczynska, Reine de France (1748, musée de Versailles).

Quand Nattier peint ce portrait, il est au sommet de sa carrière. Il s’agit d’un portrait classique sans aucune dimension allégorique ou mythologique. L’artiste utilise le rideau de velours traditionnel et la base d’une colonne, héritée du portrait d’Antoine Van Dyck. Le traitement subtil des différents types de tissus et l’expression sensible et très vive du modèle font de ce portrait un chef-d’œuvre.
Marie-Françoise-Rose de Larlan de Kercadio (c. 1717-1787), dame de Rochefort, marquise de Nétumières est une beauté reconnue à son époque. Dans un récit de voyage du milieu du XIXe siècle, elle est citée comme l’une des plus belles dames de Bretagne (Marie-Caroline-Rosalie de Monmerqué, Tablettes de voyage (…), 1851, p. 34.).
Son mari, le marquis de Nétumières, est lié à la famille Sévigné. La marquise de Sévigné (1629-1696) est connue pour sa riche correspondance donnant un aperçu de la société du XVIIe siècle. Avant de déménager à Paris, cette dernière vie aux Rochers, un manoir près de Vitré en Bretagne. Au XVIIIe siècle, ce manoir est occupé par le marquis de Nétumières et Marie-Françoise-Rose de Larlan qui est alors comparée à la célèbre marquise de Sévigné. Dans son livre sur Les Rochers, Louis Dubois écrit un poème glorifiant son intelligence, son charme et sa beauté (Louis Dubois, Recherches Nouvelles, Vitré, s.d. [1751].). Il écrit comment elle embellit le manoir et que son élégance rappelle la célèbre Madame de Sévigné :

A madame la marquise de Nétumières

Vous qui réunissez esprit, charme, beauté ;
Vous qui n’affectez pas la sensibilité ;
Qui parez des Rochers l’élégant ermitage,
Son par si gracieux, son château si vanté,
Où tout retrace encore à notre œil enchanté
L’âme de Sévigné, ses travaux, son passage,
Daignez avec bonté recevoir mon ouvrage.
Il est bien sérieux, je n’ose le nier,
Et je crains qu’en lisant ces Recherches Nouvelles
Vous ne me compariez au grave douanier,
Chargeant d’un plomb pesant de légères dentelles ;
Mais l’indulgence est propre à votre esprit bien né ;
Mais mon hommage est dû, comme il est décerné,
A celle qui de fleurs semant aussi ses traces,
De notre illustre Sévigné
Embellit le séjour et rappelle les grâces.

(cité dans M.-C.-R. de Monmerqué, Tablettes de voyage (…), 1851, p. 35.)

Elle entre dans l’une des plus anciennes familles de Bretagne en épousant Charles-Paul Hay, marquis des Nétumières et du Chastelet, Vicomte du Besso, seigneur du Catuélan et des Rochers (1712-1762). Leur mariage a lieu le 23 juin 1735. Elle donne naissance à trois fils et trois filles. Son fils aîné Marie-Paul nait le 30 janvier 1753. Jean-Paul-Elisabeth-Exupère, deuxième né, meurt jeune, et Marie-Charles Hay nait le 8 août 1758. Cependant, nous n’avons aucune date concernant la naissance de ses filles. Nous savons que deux sont mortes en bas âge et que le nom de la troisième était Françoise-Julie-Pauline (Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l’Europe (…), Paris, 1896, p. 303-305.).
Lorsque Nattier peint ce portrait en 1748, la marquise des Nétumières est âgée d’une trentaine d’années. Ses deux sœurs, Jeanne et Thérèse, sont nées en 1720 et 1722. Son père Julien de Larlan, baron de Rochefort, meurt en 1722. On peut supposer que son frère Jean-Anne-Vincent et elle-même sont nés entre 1715 et 1720.

En 1750, la marquise des Nétumières a été peinte par Jean-Etienne Liotard (1702-1789), célèbre pastelliste suisse qui travaille à Paris. Son portrait a été fait à Paris, quand la marquise a visité son atelier. En 1962, ce portrait est entré dans les collections du Detroit Institute of Arts, Michigan (Renée Loche, Marcel Roethlisberger, L’opera completa di Liotard, Milan, 1978, no. 120 : ‘Marie-Rose de Larlan de Kercadio de Rochefort, marquise de Nétumières’, pastel sur toile, 60 x 50 cm, signée et datée ‘Liotard 1750’, Detroit Institute of Arts).

Un portrait en miniature de la marquise des Nétumières appartient toujours à un membre de la famille. Le visage du modèle est relativement proche du portrait de Nattier qui aurait pu servir de modèle. La miniature porte une inscription sur son dos : "Mme La Mise / Hay des Nétumières / née Larlan de Rochefort / Mère de M. Le Cte Des / Nétumières père de Mme / La Ctesse Georges de Ferron / et Gd père de Mme / Charles Henry Hersart / du Buron." Cette miniature appartenait apparemment à son troisième fils, Marie-Charles Hay comte des Nétumières (1758-1839).

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